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Ce corps à moi, c’est moi?


Je me souviens de ce travail de secondaire deux : Est-ce que mon corps est à moi ou est-ce que mon corps c’est moi?

Le temps a passé et cette question revient de temps en temps. Aujourd’hui ma réponse est plus inclusive. Il y a ce corps que je perçois comme « à moi »: quand je veux faire quelque chose et qu’il m’obéit. Quand je suis capable d’attendre un peu pour manger, quand je me retiens un moment pour aller aux toilettes, quand je décide de me lever pour aller marcher.
J’ai alors l’impression que « je » suis dans un véhicule que « je » contrôle, où je décide. Je suis « sur » mon cheval et il fait ce que je lui ordonne. J’ai alors tendance à oublier qu’il est moi, aussi. C’est souvent là que je constate les risques de maltraitance que nous faisons subir à notre corps, qui reste conciliant et accommodant autant qu’il le peut.

Mais quand je suis une mauvaise cavalière, quand je ne pense qu’à mes désirs (de corps parfait par exemple), plutôt qu’à mes besoins corporels…quand je me crois au-dessus de mon corps. Alors, mon merveilleux corps, lui qui est en contact avec la Vie, lui qui a une grande sagesse que j’oublie, ce corps-là reprend sa place. Ça ne me fait pas toujours plaisir. Mais quand je suis malade, quand j’ai mal, quand je me mets à manger « trop » (parce que je me suis privée de l’essentiel trop longtemps), mon corps me ramène à l’ordre et me rappelle que sans lui, « je » ne peux plus grand chose. Mon corps me permet la vie, supporte la vie, entretient la vie.

Merci mon corps! Je suis cavalière et cheval aussi. Nous sommes liés toi et moi. Je crois qu’une partie de moi se prolongera au-delà de ta vie, mon corps…mais en attendant, tu es ma meilleure amie, « carcasse »!
(en écho avec une chanson d’Anne Sylvestre que j’aime beaucoup:https://www.youtube.com/watch?v=4Xqt2lwhZR0).</p>

Recettes, plans et autres baguettes magiques

Dans ma pratique,  je rencontre le plus souvent des femmes qui me disent, en substance: « dites-moi quoi faire, quoi prendre et comment! » Quand je leur dit que je n’en ai pas, que nous verrons au fur et à mesure comment ça se passe, qu’elles pourraient commencer par respirer avant chaque repas, je vois dans leurs yeux qu’il n’y aura probablement pas de second rendez-vous…

Nous cherchons la recette, le plan, la diète ultime qui résoudra tout nos problèmes de poids, de santé. d’image corporelle. Le régime qui demande seulement qu’on le suive sans se poser de question et qui fonctionnera chaque jour de la même façon quelque soit la saison, notre état de départ, nos cycles menstruels, l’endroit où nous vivons, notre héritage génétique..

En fait nous cherchons une baguette magique. Celle qui nous permettra de ne pas avoir à penser, à sentir, à ressentir, à s’adapter,  à entendre…Nous voulons notre corps comme une machine: appuyer sur un bouton, obtenir tel résultat; changer telle chose, atteindre tel objectif; enlever tel aliment, guérir rapidement. Nous voulons des étapes précises, des quantités exactes, des démarches limpides. Même quand nous savons que ce n’est pas durable ou que l’expérience nous a montré que nous avions échoué plusieurs fois auparavant.

J’ai fini par comprendre que nous sommes trop stressées, trop performantes et trop exigeantes, tout en tentant d’être imperméable à ce que nous ressentons vraiment.

Notre société nous encourage à la solution rapide, aux buts précis qui nous permettent de prouver que nous avançons. De plus, le message est constamment matraqué que nous sommes entièrement responsables de notre santé, de notre poids et de notre énergie. Alors la culpabilité (et la culpabilisation) n’est jamais très loin. Nous avons « juste » à nous prendre en main et nous devrions y arriver (Où, pourquoi, dans quel état et à quel prix?). Et nous nous en voulons quand cela ne fonctionne pas, c’est-a-dire la plupart du temps!

Nous voulons faire l’économie de la complexité tout en voulant des réponses simples. Nous ne voulons pas entendre que notre métabolisme est complexe; que notre corps peut se régénérer mais qu’il a besoin d’abord et avant tout de détente; que l’environnement compte dans nos difficultés et que nous n’avons que peu de contrôle de notre environnement; que notre société nous rend malade et fait partie de notre problème qui est moins personnel que nous le croyons; que seul les petits changements faits dans l’écoute, le respect, l’incertitude et l’expérimentation ont des chances d’être durables.

Pourtant, face à une réelle simplicité (« mangez plus de légumes à chaque repas », « privilégiez les protéines et le gras le matin »,  « évitez les plats préparés », « mangez à votre faim », « mangez quand vous avez faim ») nous nous sentons désarmées, désorientées et incertaines. Trop simple, pensons-nous! Probablement inefficace!Quelle genre de protéines? Combien de gramme?  Manger à ma faim?Ça veut dire quoi? C’est sûrement trop de nourriture….Alors nous cherchons la prochaine baguette magique, le nouveau supplément ou prenons la décision d’une intervention. Pour le plus grand bénéfice de ceux et celles qui veulent vous vendre quelque chose.

L’état de stress constant dans lequel nous sommes, nous nous mettons ou nous nous maintenons est délirant. Il est d’autant plus délirant que les trois quart du temps nous sommes totalement aveugles au fait que nous sommes stressées en profondeur. Nous croyons que nous sommes normales. C’est vrai. C’est juste que ce « normal » là, n’est qu’une mauvaise habitude; même pas soutenable sur le long cours .

Le matin, en vous éveillant, prenez donc quelques minutes pour accueillir la vie qui s’offre à vous, à avoir de la gratitude pour votre corps qui permet votre vie; quelque soit votre état de santé, de beauté ou d’énergie. Renouez avec vos sensations. Lâchez les objectifs précis: pensez confort, sensualité, plaisir, convivialité, relations agréables. Oubliez les quantités: retrouvez la sensation réelle qui vous habite: faim, soif, satiété, anxiété, fatigue, énergie…Laissez faire le temps: sortez de l’urgence de la rapidité et de l’angoisse de performance.

Ici, vous ne trouverez pas vraiment de recettes, de protocoles, de plans détaillés. Les propositions resteront ouvertes à votre expérience personnelle: vous êtes uniques! Merveilleuses! Capables! Vivantes!

Vous trouverez une invitation à reprendre votre propre pouvoir entre vos mains et à renouer avec votre sagesse intérieure ancestrale et millénaire.

Retrouvez confiance: votre corps SAIT.

Fringales, compulsions alimentaires et réconfort

Il y a une différence entre des envies saines, les compulsions alimentaires et les nourritures affectives. Il est bon de reconnaître la différence car chacune appelle une réaction différente.

Fringales de soutien

C’est un besoin physiologique, biologique par lequel votre corps essaie de compenser pour un manque, contrebalance un déséquilibre, apporter temporairement un supplément essentiel. On le voit facilement chez les enfants qui peuvent demander pendant des semaines un certains fruits pour ensuite, au bout de quelque temps, s’en désintéresser complètement au moment même où vous vous décidez d’en acheter une caisse!

Vitamines, protéines, gras, notre corps sait ce dont il a besoin et pour peu que l’on ait été exposé , dans l’enfance , à une panoplie de nourriture, il connaît la valeur alimentaire de centaines d’aliment.

Si vous mangez suffisamment, vos fringales de soutien devraient ressembler à des envies, parfois insistantes, mais non comme une compulsion. Elles concerneront certains aliments (envie soudaine de viandes, de bananes, de certains légumes ou de condiments- certaines épices contiennent des micro-nutriments importants). Elles se porteront sur des aliments plutôt sains, peu transformés. Enceinte j’ai déjà eu des fringales de…foie de morue! L’été j’ai souvent des fringales de pousses et j’aime le croquant des salades et des aliments crus.

Si elles concernent le très sucré ou très gras, si elles surviennent plus souvent le soir, si elles sont difficiles à gérer, ce sont peut-être des compulsions.

Compulsions alimentaires

Ce sont des envies irrépressibles et souffrantes. Elles arrivent plus souvent le soir, et encore plus quand vous êtes seule. Elles peuvent être spécifiques (crème glacée, chips), ou générales (« tout ce qui me tombe sous la main »).

Plus souvent qu’autrement, les compulsions alimentaires ne sont pas la cause, mais bien le symptôme d’un trop grand contrôle calorique exercé durant la journée. En supprimant notre appétit, en ne l’écoutant pas, en le trompant avec des fibres et beaucoup d’eau ou avec des pilules, on dérègle sérieusement le système. En comptant nos calories plutôt que d’écouter notre faim, en mangeant avec notre tête plutôt qu’avec notre corps, on se retrouve en déficit d’énergie…au point que l’animal en nous reprend le contrôle et nous fait manger n’importe quoi très vite, mais souvent du gras et du sucre. Du gras pour sa composant réconfortante et du sucre pour son énergie rapide, en plus de sa dimension affective. Alors on mange trop et trop vite et on se sent mal: digestion lente, ballonnement, douleur, reflux gastrique etc.

Si vous mangez bien dans vos journées, incluant des collations aux moments nécessaires (entre autre la collation substantielle que je recommande vers 15h30- heure de la baisse de cortisol dans les surrénales et du coup de fatigue de l’après-midi), et que vous avez tout de même des compulsions alimentaires, alors là, effectivement, il y a quelque chose qui appelle votre attention; là il est plus probable que l’on parle de réelle compulsion alimentaire. À ce moment-là, il vaut mieux se faire accompagner par des professionnel.es dans le domaine car on est plus dans la sphère de l’addiction, comme la drogue.

La réalité sur le terrain, par contre, c’est que la vraie addiction alimentaire est plus rare que l’on  ne pense.

Nourritures affectives

Ah…la tarte aux pommes de grand-maman, le bouilli de poulet de maman, le verre de lait et les biscuits des collations de notre enfance…le gâteau spéciale des fêtes, ou les sucreries particulières de certaines époques de l’année, les plats qui accompagnent certains rituels religieux ou spirituels, certaines nourritures saisonnières…les odeurs de la cannelle, de la confiture chaude…et tant d’autres choses encore!

Ce sont nos nourritures conforts. Elles sont reliés à des souvenirs particuliers de dîner en famille, ou de petits plats spéciaux pour quand on était malade. Ce sont les nourritures-récompenses.

On les retrouve en retournant souper chez ses parents ou grands-parents ou quand l’envie nous prend de le refaire chez-soi. Elles nous informent de nos besoins affectifs du moment: besoins de réconfort, de proximité, de lien, de partage, de simplicité.

En apprenant à faire la différence entre ces trois envies,  il est plus facile d’y répondre adéquatement et de rétablir notre lien de confiance entre notre corps et nous.

« Parfois, on dirait que nos fringales existent à l’intersection délicate et compliquée entre la biologie, le désir et l’insanité » disait Marc David en formation. Il est temps d’écouter ce que ces envies tentent de nous révéler de nous-mêmes, de nos besoins réels et de notre relation avec la nourriture.

Le V.I.C.S…en êtes-vous atteinte?

 

Un virus très présent dans notre société alimente des pensées toxiques à notre égard et à l’égard de nos proches. Ce virus change selon notre culture, mais il est présent à peu près partout. Surtout concernant le corps des femmes et des fillettes mais au final, il n’épargne personne. Curieuse?

C’est le Virus de l’Image Corporelle Standardisée!

Vous le connaissez bien. Il fait vendre des pilules pour maigrir en Amérique et en Europe et des pilules pour grossir en Afrique. Il est à l’origine d’un marché de plusieurs milliards de dollars et nous sommes toutes infectées. Il s’est propagé tranquillement, insidieusement, se modifiant avec les années…de l’embonpoint valorisé quand il y avait encore des famines aux corps faméliques des générations d’abondance, le message est le même: la beauté a une forme…et toute autre forme est défaillante et doit être corrigée.

Le regard des hommes et des femmes et même des enfants est infectés. Si votre fils vous ramène une fille grassette comme nouvelle copine, si votre fille s’enrobe un peu trop avant l’adolescence, si votre copain veut absolument travailler ses abdos et ses biceps, si votre regard évite les miroirs, que vous jugez telle ou telle personne public ou privée…cette petite voix qui susurre que vos bourrelets sont de trop, que les fesses de celle devant vous dans la file d’attente sont trop grosses, et bien plus encore.

Ce serpent qui siffle dans votre oreille, ce n’est pas vous. C’est la trace du VICS…Votre interprétation du regard de votre partenaire sur vous quand vous vous déshabillez c’est encore le VICS. Quand vous avez peur de votre assiette, de votre appétit ou du plaisir que vous auriez à manger telle ou telle chose, c’est le VICS! Quand vous avez honte de votre corps qui n’arrive pas, malgré vos efforts, à ressembler à autre chose que lui-même, encore le VICS. Quand vous détestez le fait de vieillir au lieur de vous réjouir de vivre encore aujourd’hui, ah, maudit VICS! Il s’est insinué presque partout. Il vous détourne des vrais enjeux de votre vie: votre raison d’Être, le développement de vos qualités, la richesse de nouveaux apprentissage, la sérénité de s’accepter soi-même et les autres et j’en passe.

Ce n’est pas votre faute, mais il est temps d’agir.

Ce virus est difficile à éradiquer, certes. Il se cache et se transforme dans des pensées en apparences anodines. Il vous faudra retrouver la chasseresse en vous. Commencez par être à l’affût des opinions que vous avez sur le corps des autres et sur le vôtre. Souvenez-vous que la vie elle–même est diversité et que la baleine n’est pas moins belle que la gazelle; que la pivoine n’a rien à envier au lilas…Retenez vos commentaires à voix haute sur le corps des autres car vous vous parlez ainsi à vous-même. Faites particulièrement attention aux enfants qui vous écoutent: ils attrapent le VICS comme ça aussi. Soyez re-belles!

Laissez tomber les crèmes-machins, les pilules-trucs, les chirurgies-choses. Arrêtez de nourrir le monstre. Foutez-vous la paix avec votre corps; aimez-le pour sa santé, sa sensualité, sa douceur, sa tolérance de vos excès sur lui…immunisez-vous  contre le regard des autres. Ce n’est qu’un virus qui les infecte.

Avec de la patience et de la persévérance, vous vous libérerez du VICS assez pour retrouver plus de liberté et de joie dans votre vie , sur cette terre, dans ce corps merveilleux qui vous permet, aujourd’hui encore, d’exprimer votre présence en ce monde et d’aimer et être aimée telle quelle.

 

Dis-moi ce que tu aimes…

Nos envies sont parlantes. Nos aversions aussi!

Avez-vous déjà remarqué que certains aliments vous attirent plus que d’autres? Que vous avez des envies subites et soudaines de certains mets ou de certains aliments? Que vous êtes attirée par le sucre, ou par le sel, ou par les aliments gras?  Que parfois des aliments que vous n’aimiez pas entre bien maintenant, ou l’inverse?

Notre corps est en constante relation avec la vie. Il est changeant comme la température. Il s’ajuste au quart de tour. Il sait toujours ce dont vous avez besoin. Il sait analyser toute la nourriture qui rentre qu’elle soit physique. mentale, émotionnelle ou spirituelle. Il sait ce qui vous manque et en quelle quantité. Il sait ce qui est en excès.

C’est pourquoi il est si difficile de trouver un régime qui fonctionne tout le temps, pour toutes les étapes de notre vie, pour toutes les saisons.

Manger c’est comme respirer: ça change, ça bouge,ça s’adapte au mouvement de notre vie, au mouvement de la Vie.

Quand nous apprenons à nous détendre et à suivre le rythme de notre corps, nous pouvons observer ce qui nous attire et nous répugne. Ce qui nous comble et nous procure du plaisir et qui fait du bien. Ou bien ce qui nous procure juste un plaisir de papille mais qui ne nous fait pas tant de bien au final. L’inverse étant aussi vrai!

je me souviens d’une concoction assez amère recommandée pour moi. Ouf que c’était difficile de m’y mettre…et pourtant j’ai pu sentir mon corps l’apprécier au plus haut point! Il y a une telle intelligence en nous…Une envie d’un certain fruit ou légume, de nourriture plus chaude que crue, de plus ou moins de protéine, tout cela est langage du corps.

Quand le sucre m’attire, est-ce que je manque de douceur dans ma vie? Est-ce que j’ai besoin d’une énergie rapide parce que j’ai passé trop de temps sans manger? Est-ce que je me sens en fait fatiguée et j’aimerai me donner un coup de fouet? (pas toujours une bonne idée, en passant). Est-ce que ma mère me manque? Ai-je besoin d’affection? De Consolation? Est-ce que j’ai simplement soif?

Quand c’est le sel qui m’appelle, est-ce que je manque de soutien? Est-ce que la communication est difficile? (le sel est très important dans l’équilibre cellulaire). Est-ce que mes surrénales sont fatiguées? Est-ce que mon père, ou l’aspect du masculin me manque? Est-ce que je suis déshydratée? Est-ce que je me sens seule?

Les protéines parlent de l’enracinement, de l’affirmation,de la puissance  comme le chasseur ancestral…

Le gras de tenir dans le temps, des réserves et de la protection;

Le pain du désir de partage et de convivialité;

Le lait de sécurité affective;

Les épices du « piment » de la vie (et souvenez-vous que trop de piment fini par tuer le goût!)…et le chocolat est une épice.

Prenez le temps de regarder vos goûts…et vos dégoûts.  Ce qui vous fait saliver et ce qui vous laisse indifférente.

Dites-moi ce que vous aimez et je vous dirais qui vous êtes…en ce moment!

Fatigue, mon amie…

Chère Toi,

J’accompagne la Vie depuis la première amibe…oui, Elle à toujours eu besoin de moi pour respecter les rythmes et se recharger.

Je te faisais déjà dormir dans le ventre de ta mère, et plut tard je t’endormais au-dessus de ton assiette, en plein milieu d’un jeu, sur les marches d’escalier et surtout en voiture. Tu n’avais pas encore appris à me combattre. Parfois, le passage de l’éveil au sommeil n’était pas facile car tes deux systèmes nerveux n’étaient pas encore bien accordés. Alors je te faisais chigner, pleurer et même crier jusqu’à ce que tu sois capable de lâcher-prise et de t’abandonner à moi.

Je t’ai permis de grandir, d’assimiler ta nourriture, de donner un moment d’oubli loin de tes peines.

Tu m’as chercher bien des nuits quand ton hamster dans ta tête n’arrivait plus à arrêter de tourner.

Je t’ai prévenu des tes excès, j’ai annoncé tes règles, j’ai permis à tes muscles de se réparer et à ton corps de se reconstruire.

Depuis des années je t’envoie mes signaux. Mais tu ne m’écoutes guère. Tu prends un café à la place…ou pire, une boisson énergisante. Tu te forces au gym espérant que je disparaisse sur le tapis roulant. Tu prends religieusement tes suppléments, tu surveilles ton alimentation (est-ce que manger est devenu une prison au point tel qu’il faille la surveiller?) et pourtant je suis encore là.

Tu as oubliée que je suis ton amie. Que j’ai à coeur que tu vives le plus longtemps possible sans maladie. QUe je suis un message de ton corps qui, par moi, essaye de te dire que tu as besoin d’arrêter ta course folle; que tu as besoin de respirer; te foutre la paix mentalement; que ton corps est en train de aire quelque chose (comme te réparer) qui lui demande de la tranquillité.

Mais tu ne me fais plus confiance; tu m’écoutes de moins en moins; tu me repousses.

Mais je suis tellement vitale à la vie, que je ne peux que t’attendre au détour, avec , peut-être une manifestation plus incontournable encore: une maladie, un accident, une dépression qui t’empêchera de sortir du lit aussi longtemps que je n’aurai pas fini mon oeuvre.

Épargnes-toi cela. Fermes tes yeux quelques minutes les après-midi, même simplement sur ton bureau. Couches-toi quand tu me sens là, le soir. Apprends à ne « rien » faire afin que je puisse faire tout ce que j’ai à faire pour entretenir ta santé. Apprécies ma présence comme on retrouve un bon vieux chandail confortable. Reconnais-moi comme la preuve que tu as suffisamment accompli aujourd’hui et je serai alors satisfaction, engourdissement délicieux, paresse délectable. Fais la grasse matinée; contemple le vent dans les feuilles, la pluie sur le balcon. Si tu as l’impression que je te suis comme une ombre, tu n’as pas tort.Car je suis la nuit qui habite tous les rythmes de la vie. Si tu me trouves « trop » c’est que tu ne me donnes pas la place dont j’ai besoin. Respectes ma présence et tu verras que je n’occuperai que la place nécessaire car je ne connais pas l’excès.

Car je suis Fatigue, ton amie.

(Crédit photo: pinterest.fr)

Fatiguée, mon amie?

Quand on sonde les gens, leur plainte numéro 1 est la fatigue, le manque d’énergie ou d’entrain, les humeurs fluctuantes ou maussades. Même les enfants sont fatigués, et je ne vous parle pas de bien des personnes âgées, parfois pas si âgées que ça!

Qu’est-ce que cela dit de notre société? De notre façon de gérer le stress? Le travail? L’école? De la qualité de notre alimentation? De nos relations?

Marc David disait souvent que nos symptômes sont des messages divins…oh fatigue divine, qu’as-tu à me dire?

Chère Fatigue,

Je me lève le matin avec l’impression que la nuit est passée trop vite et j’ai même parfois la sensation que le sommeil profond m’ a oublié. J’imagine que le marchand de sable est, lui aussi, fatigué.

Je me traîne jusqu’à ma douche, mon café, mon smoothie, mais tu m’accompagnes encore.

Je te retrouve dans l’auto, alors que mes ados dorment  quelques minutes avant d’arriver à l’école…et ils feront pareils au retour, me faisant rêver d’avoir, moi aussi, une chauffeuse de « taxi » pour voler quelques instants au quotidien en fermant le yeux.

Je ne te parle pas de mon sentiment de lourdeur après le repas du midi, ni celui qui m’envahit vers 15h30.

Tu sais très bien trouver ton chemin dans mes multiples engagements hors-travail, extra-scolaire et mes non-soirées amoureuses où mes yeux cherchent bien plus mon lit que mon partenaire.

Et pourtant, voilà que l’endormissement m’échappe au creux de mon oreiller alors que mon hamster tourne furieusement dans sa roue en m’invectivant de tous les « il faut que, il faut pas oublier de, tu aurais dû, tu n’aurais pas dû  » qu’il peut trouver, et même inventer parfois.

Tu me tiens la main à l’aube quand pourtant j’aurai pu dormir un peu plus longtemps, mais que je n’y suis pas parvenue.

Je hais ta compagnie quand j’essaie de bouger un peu, quand j’imagine faire un bon repas mais que les courses ne sont pas faites…

Quand ma séance de méditation se transforme en ronflement.

Quand je fantasme de devenir cocaïnomane juste pour ne plus te sentir.

Quand je n’ai plus aucun souvenir du dernier moment ou mes pas légers sautillaient de légèreté face à une nouvelle journée remplie de promesse.

J’aimerais bien  me débarrasser de toi au lieu de faire semblant que tu n’es pas là.

Je n’arrive pas à te trouver douce, opportune ou sensée…mais bon.

Aujourd’hui, je prête l’oreille, à défaut d’oreiller, à tes revendications.

Fatigue, qu-as-tu à me dire?

(vous pourrez lire la réponse de Fatigue, dans mon prochain article)

Perdues dans les petits objectifs

Perdre 10, 20 ou 30 livres. Les prendre. Arriver à courir 20 km, à soulever 200 livres. Rentrer dans mon maillot de bain  l’été prochain. Arrêter le sucre (ou autre chose). Devenir végane (ou autre chose)…nos objectifs sont-ils trop petits?

Il est si facile de se laisser tenter et entraîner par de petits buts, des petits pas, qui, au final, ne parle pas de nos faims les plus profondes, de nos soifs les plus importantes: être nous-mêmes, aimer, être capable d’avoir des relations nourrissantes, de vivre une intimité sexuelle satisfaisante, sentir qu’il y a un sens à notre existence.

En réduisant la valeur de notre vies à des chiffres sur une balance, à une forme sous des vêtements, à un nombre de calories ingérées par jour, à notre capacité à nous priver, ce n’est pas la vie que nous nourrissons en nous.

En nous laissant définir par des annonces publicitaires montrant ce corps que nous n’aurons jamais, que nous avons peut-être eu à 15 ans, qui ne peut être attirant que selon un seul modèle, nous entrons dans une spirale sans fin d’insatisfaction permanente et de jugement délétère.

Bien malgré nous, parce que conditionnées et infectées par le virus ambiant, nous critiquons intérieurement ou ouvertement notre corps et celui des autres. Nous avons peut-être secrètement honte que notre fils nous présente sa nouvelle flamme bien en chair, que notre fille développe trop de courbes , de hanches ou de double menton…ou qu’elle tombe amoureuse de quelqu’un.e avec un trop gros tour de taille.

Même en faisant attention, nous nous rendons compte que nous jugeons négativement tout écart au standard…qu’une petite voix fatigante nous susurre que quand même « elle » (ou nous), pourrait se prendre un peu plus en main, avoir plus de respect d’elle-même, devrait arrêter de se « laisser aller ».

Il n’est pas juste que notre poids soit mis sur la même balance que notre coeur.

Il est temps pour nous de nous guérir et de nous immuniser contre ce virus qui fait de l’image corporelle le garant de la santé, de la moralité, de la valeur, de l’intelligence, des capacités d’une personne.

Il est temps de nous redonner la permission de bouger pour le plaisir, pas pour atteindre le corps de notre prof de Yoga, ou de notre entraîneur sportif…

De sortir de la honte que nous ressentons trop souvent de ne pas paraître comme il faut.

D’arrêter d’avoir peur de l’image que nous renvoie le miroir de la salle d’essayage.

De retrouver, en nous, cette sensation de révérence pour la vie, pour notre vie et donc pour ce corps qui est notre vaisseau spatiale, unique et spécial, pour manifester cette vie, sur cette terre.

Merci, mon corps, quelque soit ta forme, ta santé , ta force, ton âge…sans toi, il n’y a pas de moi possible.

Quand la nourriture fait honte…

Nous avons vu précédemment comment la nourriture est associée à bien des émotions qui ne sont pas si nutritives. (voir l’article: nourriture-récompense…). Dans la même veine nous explorons aujourd’hui la honte et l’humiliation associées à notre assiette.

Quand nous écrivons notre biographie alimentaire, c’est-à-dire notre histoire de vie autour de la table, nous trouvons des éléments qui peuvent parfois démontrer l’origine de certains de nos désordres alimentaires.

Comme cette enfant qui devait manger dans le couloir pour finir son assiette afin que les voisins qui passent voient bien à quel point elle était difficile.

Comme ce garçon qui mangeait toujours au comptoir alors que la famille mangeait à la table.

Ces enfants que l’on laisse des heures devant une assiette froide jusqu’à ce qu’elles aient tout terminé.

Ces multiples regards et soupirs qui regardent le dessert de l’enfant qu’on dit « boulotte ».

Cet enfant qui recevait sur la tête le reste de l’assiette qu’il ne voulait plus manger.

Les rires et les moqueries à propos de l’assiette de celle-ci qui aime trier sa nourriture dans l’assiette et faire des petits tas…de celui qui se lève en cours de repas pour aller laver ses mains une deuxième ou troisième fois car il n’aime pas quand ses mains sont collantes ou salies…de celle qui mage lentement, ou trop vite…de celui qui a peur d’essayer de nouveaux plats…

Ces silences terribles où les enfants n’ont pas le droit de parole…ou bien ces tables où l’on « règle les comptes » en famille.

Nous pouvons vivre tant d’humiliations « ordinaires’ autour d’une table…dans un contexte dit ‘normal’ où l’on croit faire une éducation mais où, en réalité, le message qui passe est que l’enfant n’est pas correcte et elle ne comprend pas pourquoi. Elle sait juste qu’elle devrait avoir honte et cette honte devient associée au repas, à la table, à l’assiette, à l’idée de la convivialité, de la famille.

Alors certaines personnes ne veulent plus manger avec d’autres ou bien ont une double vie alimentaire: ce qu’elles mangent en public et ce qu’elles n’osent manger qu’en privé.

D’autres ne s’assoient plus jamais à table, préférant manger debout , en voiture, au comptoir devant leur ordi…tout ça pour ne pas revivre intérieurement le stress dont leur corps se souvient et qui est lié aux repas.

En tant qu’adultes, nous avons une histoire alimentaire à mettre en conscience, à guérir et à ne pas reproduire.  Car nous ne mangeons pas que la nourriture sur la table, nous mangeons aussi tout ce qui s’y passe autour.

Que le repas redevienne le lieu du partage, de la joie, des rires et de la détente, de l’accueil et du respect de cette table qui nourrit la vie en nous avec bien plus que des nutriments et des calories.

Nourriture-récompense, Nourriture-punition

La nourriture possède bien d’autres attributs que celui de nutrition. Une des plus courantes est la nourriture-récompense.

Celle avec laquelle on manipule les enfants pour qu’ils finissent leurs assiettes, par exemple. Sans se rendre compte que, ce faisant, on fait comprendre à l’enfant que la nourriture principale (légumes, grains, viandes) n’est pas si « bonne » que ça puisqu’on doit se force pour en manger pour finalement avoir le « droit » au dessert. Cela met aussi l’emphase sur le sucre comme étant désirable, spécial et et attrayant.

Oui, il fût un temps où le sucre était réservé aux classes sociales riches et où la chanson disait « Donnez bons parents, du sucre aux enfants » (Dame Tartine). En élevant le sucre au rang du privilège  , nous mettons en place un cercle vicieux qui accorde au sucre des supers-pouvoirs: récompense, plaisir, rituel mais aussi interdits et culpabilités. En mettant les sucreries à part, en les associant à spéciales et rares, nous en faisons un icône qui semblent combler nos insatisfactions, nos manques relationnelles (une sortie à la crèmerie pour remplacer une présence parentale déficiente, par exemple), nos besoins de reconnaissance et d’appartenance.

Mais comme ce même sucre est aussi diabolisé, reconnu comme mauvais pour la santé, faisant grossir, déréglant l’insuline et nourrissant les cancers, nous voilà maintenant prises dans un engrenage terrible: la même nourriture qui nous fait plaisir nous fait du mal.

Nous sommes attirées par ce qui est « mal », « mauvais » et par extension, quand nous en mangeons nous faisons quelque chose de mal. Alors la nourriture devient punition et source de stress. Nous nous punissons avec des légumes au lieu de les apprécier. Nous punissions notre corps avec de l’exercice forcé et sans plaisir quand nous avons « fauté » avec un aliment défendu. Nous nous détestons après avoir « succombé » à la tentation d’un gâteau ou d’une pâtisserie.

La culpabilité entre en scène, la peur aussi. Et le fruit défendu précipitera notre chute… et la nourriture se change en religion.

Il est temps de sortir de notre folie individuelle et collective. La nourriture, intrinsèquement, n’est ni bien ni mal. Elle n’est pas « morale ». Elle n’indique pas notre valeur personnelle, notre capacité à nous contrôler, notre intelligence, notre supériorité faces aux autres, ou notre volonté.

Chaque mode alimentaire attaque l’un ou l’autre de nos macronutriments essentiels: sucres, gras ou protéines…leur attribuant à tour de rôle la responsabilité de tous les maux, méfaits et désordres alimentaires.

Soyons saines d’esprit et de corps.

Mangeons de tout avec modération et avec plaisir. Que le dessert ne soit plus l’apothéose d’un repas, ni son apocalypse. Que l’on retrouve le plaisir de toute la nourriture: des légumes aux protéines, de la salades aux grains, des fruits au féculents, de l’entrée au dessert.

Quand la nourriture cessera d’être un enjeu trop émotionnel, nous serons en mesure d’entendre ce que notre corps nous dit, ce qu’il nous réclame, ce dont il se passerait bien.

Que nos changements alimentaires soient faits dans la tranquillité, dans le plaisir, dans la bienveillance envers nous-mêmes et non dans la peur, le stress, la privation et l’obligation.

Oui, je vous le dis, c’est tout à fait possible!